Réunion du Comité interministériel de la mer : pas de quoi applaudir aux mesurettes du gouvernement

Réunion du Comité interministériel de la mer : pas de quoi applaudir aux mesurettes du gouvernement

En déplacement à Boulogne-sur-Mer jeudi 22 octobre dernier et en compagnie des ministres de la Défense, Jean-Yves le Drian et de l’Economie, de l’Industrie et du numérique, Emmanuel Macron, à l’occasion de la réunion du Comité interministériel de la Mer (CIMer), le Premier ministre Manuel Valls s’est fendu de grandes déclarations d’amour aux métiers de la mer, filière d’avenir, et d’une série d’engagements plus ou moins vagues sur le soutien à l’économie de la mer par son gouvernement dans les prochaines années.

Un exercice peu pertinent quant aux grandes orientations stratégiques du secteur maritime, mais qui trouve sans doute sa justification dans le caractère électoraliste de cette visite au premier port de pêche français à l’approche des élections régionales de décembre 2015 qui s’annoncent en Nord-Pas-de-Calais-Picardie comme une gigantesque déroute pour le Parti socialiste. Ainsi, sur les grandes orientations retenues par le gouvernement, aucune des mesures annoncées ne se révèle à la hauteur des enjeux soulevés ou de ceux qui engagent plus profondément l’économie de la mer et l’économie française dans son entier.

Dans les domaines de la stratégie de surveillance et de protection du territoire maritime, du renouvellement de la flotte de pêche et de la modernisation des ports, la dimension et la problématique « souveraineté » ont ainsi été les grandes oubliées de ce CIMer. Pourtant, comment faire face au défi du renouvellement de la flotte de pêche, si on refuse de s’attaquer aux causes de son vieillissement alarmant ? Le rapport Suche, rendu au gouvernement en janvier 2015, indique pourtant bien que le très faible taux de renouvellement de la flotte (35 entrées en flotte par an depuis 2006), âgée d’environ 27 ans, sur une durée de vie des navires estimée à 25-30 ans, a pour cause très directe le fait que « le recours aux aides publiques n’est plus euro-compatibles depuis 2004 » 1. Le gouvernement entendrait-il alors remettre en cause le carcan ultralibéral européen qui contraint les investisseurs à se tourner vers un secteur bancaire de plus en plus réticent à prêter ? Non, pas du tout. Entend-il s’imposer auprès de ses partenaires européens pour l’établissement de quotas de pêche pluriannuels, en place des quotas annuels qui font peser une épée de Damoclès par leurs fluctuations sur les pêcheurs artisanaux2, sachant que le « le modèle traditionnel du patron pêcheur embarqué reste viable en exploitation, mais trouve ses limites en matière d’investissements dès lors qu’on approche 1 M€, soit le prix d’un navire neuf de moins de 12m »3 ? Non. Au contraire, il s’attachera à favoriser la construction de navires de plus de 12m, prenant clairement le pari de privilégier la pêche industrielle sur un modèle dont la tradition forge pourtant la richesse et l’identité de nombre de nos territoires et par là-même de nos concitoyens.

L’enjeu intéresse pourtant directement le devenir national et l’indépendance de la France, dans un secteur alimentaire où le pays est fortement dépendant des importations alors que la demande augmente et que les prix sont moins volatiles que dans d’autres filières. La situation appelle même à des mesures d’urgence pour prévenir l’effondrement d’un secteur d’activité vital, puisque l’on estime qu’en l’état actuel des choses, il faudrait 140 ans pour renouveler la flotte de pêche, et que l’on doit s’attendre, dans les trente prochaines années, à voir cette flotte se réduire à 900 navires en métropole, quand elle en comptait encore 4605 en 2013. Un nombre d’unités insuffisantes pour ne serait-ce qu’assurer les quotas de pêche que nous autorise l’Union européenne, et qui seront alors probablement revus à la baisse pour satisfaire nos concurrents étrangers puisqu’il est clair que ce gouvernement comme ceux qui l’ont précédé n’ont aucune intention de se soustraire au carcan insupportable des diktats européens pesant sur notre pays.

La situation Outre-mer n’est guère plus reluisante, même si l’âge moyen de la flotte de pêche (16 ans environ pour 2538 navires en 2013) est plus jeune et moins problématique qu’en métropole. Mais la pêche y souffre d’une forme de préférence étrangère comme à Wallis-et-Futuna où des droits vont être accordés pour une somme ridicule à une flottille de pêche américaine4. Une forfaiture qui en réalité cache un aveu d’impuissance à surveiller efficacement les ZEE françaises puisque le pari est que les navires de pêche américains contribueront par leur présence à la dissuasion du pillage halieutique… Ainsi faute de montrer le pavillon français, on s’accommode de laisser le soin à des navires civils américains de montrer le pavillon des Etats-Unis dans nos propres eaux…

Ce n’est pas l’annonce de la construction de quatre nouveaux bâtiments multi missions, un seulement pour chaque grand théâtre aux Antilles, dans l’Océan indien, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, qui pourra pallier l’état de rupture capacitaire de la Marine nationale en Outre-mer5, qui représente pourtant 90% des 12 millions de km2 du patrimoine maritime français. Pas plus que les deux patrouilleurs légers guyanais ou le patrouilleur Osiris aux Affaire maritimes. Tout au plus le gouvernement confirme-t-il qu’il n’a rien de plus à annoncer que des mesures déjà prévues depuis deux ans par la Loi de Programmation militaire 2014 -2019. Celles-ci sont pourtant déjà très en dessous des besoins des Forces de souveraineté dont l’équipement naval atteint lui aussi un point de vieillissement critique, alors que les ressources des eaux et des fonds sous-marins français sont l’objet de plus en plus de convoitises6. Il est vrai cependant que le gouvernement et le « vice-chancelier » Hollande sont fort disposés à brader notre patrimoine maritime aux intérêts de leurs « maîtres » américains comme allemands7.

Au-delà du simple effet d’annonce dont l’UMPS est si coutumier, se révèle en réalité un choix de l’abandon systématique de l’exercice de la souveraineté de l’Etat et de son rôle de stratège économique. Ce n’est pas même l’engagement pour la modernisation des grands ports du Havre, de Dunkerque et de Marseille, à grand renforts d’évidences comme le développement de l’intermodalité du réseau de transport en aval des débarquements, qui cacheront ce retrait de l’action politique pour créer des conditions favorables à l’activité économique nationale. Ainsi le gouvernement se refuse-t-il à envisager le rétablissement de frontières douanières intelligentes alors même qu’il constate que « plus de 50% des marchandises arrivant en France par la mer transitent par des ports étrangers », profitant de l’excessive liberté de circulation des biens au sein du marché communautaire européen.

« Ce que les Français attendent […] ce sont des réponses concrètes, précises, et montrer que quand il y a une volonté on peut apporter des réponses. » a très justement dit Manuel Valls à l’occasion de cette réunion du CIMer. Une volonté qui passe d’abord par une priorité à nos intérêts nationaux sur les contraintes économiques et budgétaires que prétend nous imposer l’Union européenne, et sur le délitement militaire qui annonce le délitement économique et territorial outre-mer que prétend nous imposer l’incurie du gouvernement socialiste.

Une volonté qui n’est clairement pas la sienne, mais bien celle des patriotes du Rassemblement Bleu Marine et du Front national, pour enfin construire une vraie politique maritime patriote8 et incluant pleinement tout le territoire national, Outre-mer compris.

1 Deprost Pierre, Suche Jean-Michel, Le renouvellement de la flotte de pêche, Inspection générale des Finances, Inspection générale des affaires maritimes, 2014 [en ligne, consulté le 25 octobre 2015] disponible sur : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_renouvellement_de_la_flotte_peche-2.pdf

2 Voir la tribune de Sylvie Goddyn, députée français Front National au Parlement européen : La Finance contre les pêcheurs

3 Ibid.

8 Voir l’article de Pierre Laroche, président du Comef : Une stratégie patriote pour les mers françaises

 

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