Relier les mers françaises par des courses nautiques pour doper l’attractivité Outre-mer

Relier les mers françaises par des courses nautiques pour doper l'attractivité Outre-mer.

Dans le contexte du marasme économique qui étouffe l’économie des Outre-mer français, à la fois victimes de difficultés structurelles liées aux conditions climatiques et au caractère insulaire de la plupart des possessions françaises dans le monde, Europe mise à part, une vision pragmatique et éclairée du développement doit présider aux orientations des actions de l’Etat et des choix et encouragements à considérer pour l’activité et l’attractivité des territoires.

C’est en considérant les atouts considérables qu’offrent, justement, le caractère éloigné, insulaire, isolé mêmes, des Outre-mer français, que peut se définir une stratégie de mise en valeur de ces territoires. Les enjeux premièrement identifiables concernent le tourisme, secteur dans lequel les Outre-mer français pâtissent à la fois de l’éloignement géographique de leur métropole, du déficit de notoriété, et de la concurrence des Etats et îles voisines qui n’ont pas les mêmes standards sociaux et offrent des services plus compétitifs en termes de prix.

Pour tourner à la fois le secteur touristique vers un avantage qualitatif, capable de cibler des intérêts particuliers, de faire gagner en notoriété nos territoires et de mettre en valeur le caractère vraiment exceptionnel de l’appartenance à une nation présente autour du monde entier, les activités ayant trait au secteur nautique peuvent retenir une attention particulière.

23/06/2010 - Kiel (GER) - L'Hydroptere à la Kieler Woche***23/06/2010 - Kiel (GER) - Hydroptere visiting Kieler Woche

23/06/2010 – Kiel (GER) – L’Hydroptere à la Kieler Woche***23/06/2010 – Kiel (GER) – Hydroptere visiting Kieler Woche

L’évolution technologique des voiliers a fait des océans, et de l’Atlantique en particulier, de véritables « stades nautiques » où se déroulent régulièrement des compétitions. Les retombées économiques n’en sont pas négligeables : le cas de la Route du Rhum en est un bon exemple. Partant de St-Malo, cette course attire à chaque édition un public plus fourni, dans une saison peu touristique, et la fidélise par la qualité des manifestations organisées et la découverte d’un patrimoine intéressant. Elle structure aussi tout un secteur d’activité ayant trait à l’entretien, l’amarrage, etc, des navires et soutiens donc directement l’économie locale, aussi bien à St-Malo et en Bretagne qu’en Guadeloupe. Ainsi à Point-à-Pitre s’est développé un port de plaisance dont la marina offre des services de qualité toute l’année, et où un quartier entier s’est structuré autour de la navigation de plaisance, avec restaurants, boites de nuit, etc. Le niveau de vie y est supérieur que dans le reste de l’île, et c’est l’un des atouts économiques de l’île.

Saint-Martin, et Saint-Pierre et Miquelon, et même la Guyane française, disposent d’installations portuaires capables d’héberger des voiliers de tonnage et envergure diverses. Pourtant, malgré la multiplication des courses transatlantiques, comme la Route du Rhum, locales à l’échelle d’une île ou d’un Etat, ou régionales dans les Caraïbes, aucune manifestation sportive d’envergure n’a été tentée pour tirer parti de la forte présence française dans l’Atlantique occidental. Une course de la France des Amériques, dans le cadre d’un circuit incluant St-Pierre et Miquelon, les Antilles françaises et la Guyane, offrirait pourtant des intérêts sportifs et des challenges nautiques intéressant, avec des mers différentes, des approches plus ou moins difficiles comme en Guyane, et surtout une diversité de paysage permettant d’importants coups médiatiques.

La France bénéficie déjà, pour sa partie métropolitaine, d’une grande notoriété sportive et touristique grâce à des évènements tels que le Tour de France cycliste, ou le Vendée Globe, course autour du monde à voile. L’expérience existe donc déjà pour mettre en place un Tour des Amériques françaises à voile. Des gains diplomatiques peuvent même être faits, et contribuer à resserrer les liens entre la France et ses partenaires régionaux naturels. Ainsi, pourquoi ne pas élargir cette course aux autres îles et Etats francophones ou historiquement français de la région de l’Atlantique occidental ?

Rapprochant des nations aussi diverses que la France, le Canada français et Haïti, un tel évènement organisé à intervalles réguliers peut servir d’orientation, aussi bien à la politique d’aménagement du territoire des Outre-mer français, qu’à celle de l’aide au développement, notamment via les investissements en infrastructures portuaires, routières, hôtelières, etc., nécessaires à son accueil.

Au départ des Sables-d’Olonne tous les quatre ans, la course de voile en solitaire du Vendée Globe, pour son édition 2012-2013, prend son départ le 10 novembre. Sur les 20 bateaux, seuls 11 arriveront jusqu’au bout du périple.

Au départ des Sables-d’Olonne tous les quatre ans, la course de voile en solitaire du Vendée Globe, pour son édition 2012-2013, prend son départ le 10 novembre. Sur les 20 bateaux, seuls 11 arriveront jusqu’au bout du périple.

Développer les Outre-mer, mais aussi montrer la France en GRAND

Tirant pleinement parti de la présence française et de ses possessions ultramarines, un tel évènement et les politiques qui l’accompagnent montrent par ailleurs bien l’avantage national qu’il y a à inclure l’Outre-mer dans une vision large de la politique diplomatique et d’influence de la France. De telles dispositions sont de nature à augmenter l’image française, et celle de son Outre-mer, pour contribuer à une conscience mondiale de la France, aussi bien parmi ses populations qu’à l’étranger.

Peu de compétitions nautiques choisissent, à l’instar du Tour de France dans le domaine du cyclisme, de valoriser le territoire et le patrimoine français aux yeux du monde entier, au travers d’une épreuve sportive de haut niveau.

Si la Route du Rhum relie tous les 4 ans Saint Malo à Pointe à Pitre, si Transat AG2R La Mondiale est organisée tous les 2 ans entre Concarneau et Saint Barthélémy aux Antilles, il n’existe aucune course française mettant clairement en lumière la dimension mondiale de l’immense domaine maritime, de ses possessions dans tous les océans. Aucune compétition permettant de révéler au grand public, et d’abord aux Français, que la France maritime a des voisins partout dans le monde, en Amérique du Sud (la frontière avec le Brésil en Atlantique sud est la plus longue que la France possède avec un pays étranger), en Océanie..

Il est par ailleurs concevable d’élargir encore les conceptions des possibilités de courses nautiques en incluant tout l’Outre-mer français. Pourquoi pas une course du Pacifique français ? De l’Océan indien français ? De tous les espaces francophones que ces régions abritent, et même de la Francophonie dans son entier ? La cohérence des politiques de développement induites pour l’organisation de ces évènements sportifs et médiatiques, structurées par un but clair, justifie qu’on le considère sérieusement.

Des courses pour sécuriser nos mers, nos ressources, et entretenir le voisinage mondial de la France

La France un vaste territoire

Un autre avantage, non négligeable, peut encore se dégager de la régularité de telles manifestations : celle de la présence humaine, officielle, de la France dans ses mers. Ainsi, il est évident que la sécurité des courses devra être assurée, et même les forces militaires pourront bénéficier d’un gain de notoriété de leurs missions, et d’une augmentation de leurs moyens nécessaires pour assurer le bon déroulement des courses. Attendu le caractère sportif et médiatique des évènements, un consentement plus large de la population française aux efforts de défense maritime est probable.

Les activités illégales, notamment le pillage halieutique, s’en trouveront réduits, et la France peut tirer un grand parti de la médiatisation de problèmes spécifiques à certains de ses Outre-mer. Par exemple, l’île de Clipperton dans le Pacifique oriental, sujette au pillage halieutique massif de pays divers, notamment voisins comme le Mexique, mais aussi positionné sur la route du narcotrafic et de la dérive de déchets en quantités astronomiques, est aussi un point chaud écologique, une plaque tournante de la biodiversité mondiale inestimable. Initier des manifestations sportives régulières autour de l’île, sur le thème de la navigation écologique, de la préservation des écosystèmes marins et îliens, etc. sont de nature à relever le prestige de la France… tout en assurant une présence officielle plus régulière sur l’île, une meilleure capacité de contrôle de ce territoire.

Encore une fois, des gains diplomatiques peuvent être obtenus grâce à ce bon usage de la course nautique, puisque des pays voisins, sensibles aux problématiques écologiques et du narcotrafic, sont très susceptibles de participer activement à l’organisation d’évènements, comme la Colombie.

Des accords de défense, pour des droits de mouillage pour la Marine nationale par exemple, ou de patrouille commune, peuvent en résulter, pareillement que des accords équilibrés portant sur l’exploitation de la ressource halieutique de l’immense ZEE qui entoure cet îlot français.

Une telle perspective ne peut déplaire à l’industrie nautique française, qui occupe déjà la 3e place sur le marché mondial après les Etats-Unis et l’Italie. Maintenue dans un climat de confiance, mise sous les projecteurs, poussée à innover, elle pourra y affirmer son savoir-faire et bénéficier d’une nouvelle source de crédibilité mondiale.

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