Une politique patriote anti-relégation à Mayotte et sur les mers de France

Lundi 6 juin. Editorial de Loup Viallet

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En réaction au pic d’insécurité qui fit marcher le mois dernier au son de la Marseillaise 10.000 de nos concitoyens à Mayotte, notre gouvernement a retrouvé ses bonnes vieilles méthodes pour fuir ses responsabilités la tête haute. L’envoi de quelques nouvelles forces de police et de gendarmerie décidé vendredi 3 juin par le ministre de l’Intérieur ne permettra pas de combattre efficacement l’insécurité et ne fera pas tarir l’immigration clandestine avant d’avoir réformé le code de la nationalité, augmenté les capacités de la Marine nationale dans la région et déclaré Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) le 101e département de France.

Ne rien faire ou laisser faire : les Français d’Outre-Mer ont trop souffert de cette alternative impropre au développement de leurs territoires et au maintien de la concorde entre leurs populations.

L’archipel mahorais présente un concentré malheureux de tous les drames produits par le désinvestissement de gouvernements qui ont depuis Paris successivement promis la Lune et tourné le dos à la France maritime. La proposition de doter l’archipel d’un statut de “Zone Franche Globale” lancée par le MEDEF servira peut-être de politique au Ministre des Outre-Mer George Pau-Langevin, qui s’est montrée très ouverte au projet.  Pourtant ce n’est pas un nouvel outil fiscal ou davantage d’aides sociales qui remplaceront ici ou là, dans le Canal du Mozambique ou en mer des Antilles, un véritable projet d’apaisement des tensions locales et de développement de l’activité économique des collectivités.

Les Mahorais subissent une submersion migratoire qui les déclasse sur leur propre territoire. Mamoudzou traverse une catastrophe sanitaire, sociale ; elle n’a pas profité de son statut de chef lieu du nouveau département de Mayotte en devenant en quelques années la première maternité française et européenne mais aussi la première maternité des Comores et de la sous-région. 70% des naissances qui y sont enregistrées sont celles de clandestins attirés par le système de santé de l’archipel et désireux de faire bénéficier leurs enfants de la nationalité française, ouverte par un droit du sol obsolète. Comment le gouvernement français pourrait-il lutter Outre-Mer contre une immigration massive qu’il encourage partout sur le territoire de la République ? Il y a deux ans à peine, en mai 2014, une ordonnance étendait encore à Mayotte les dispositions du code d’entrée et de séjour des étrangers.

Le réinvestissement du pouvoir régalien sera déterminant dans les années à venir pour la survie et la croissance de ces territoires, car l’impuissance gouvernementale a précipité la ruine Outre-Mer. Plus de la moitié des entrepreneurs de Mayotte ne souhaitent plus y maintenir leurs activités. Dans le Pacifique, le conseil territorial de Wallis et Futuna négociait l’année dernière pour une somme dérisoire la concession de ses droits de pêche à des bateaux sous pavillon américain. Quant à la filière marine de St Pierre et Miquelon, elle a quasiment disparu outre-Atlantique faute d’avoir relancé le dialogue diplomatique sur le tracé des frontières maritimes entre le Canada et la France !

Les ZEE françaises

Force est de constater que la politique nationale a bel et bien déserté l’aménagement insulaire autant sous des gouvernements de gauche que de droite : le nouveau port et l’aéroport, infrastructures stratégiques de Mayotte, ont été concédés à des consortiums d’intérêts privés, peu enclins à servir le bien commun de nos concitoyens. La continuité territoriale n’est pas du tout acquise : faute d’investissement dans le rallongement de la piste de l’aéroport de Dzaoudzi, la continuité entre Mayotte et la métropole est impossible, avec une durée de voyage et des surcoûts très importants dans les déplacements vers Paris, qui nécessitent une escale à Madagascar ou à La Réunion. L’absence de continuité territoriale est donc un handicap majeur au développement. Celle-ci n’est pas même assurée à l’intérieur de l’archipel puisque l’année prochaine encore, quatre millions de passagers seront contraints de convoyer dans des barges pour relier les 2 principales îles de Mayotte Petite-Terre et de Grande-Terre, séparées par seulement quatre kilomètres. C’est la ligne maritime la plus fréquentée de France et la construction d’un pont ne fait pas partie des chantiers prioritaires du ministre…

Depuis que la métropole a concédé de larges pans de sa souveraineté, depuis qu’elle a abandonné ses moyens d’action aux desiderata néo-libéraux des institutions de l’Union européenne, nos gouvernements ne décident plus rien. C’est pourquoi ils n’ont rien fait lorsque le nouveau statut de Région Ultra-Périphérique octroyé en 2014 par l’UE à certains territoires français dont Mayotte a entraîné l’afflux de chalutiers espagnols et portugais dans les eaux mahoraises. Ils ne feront rien de plus lorsqu’au 1er juillet 2017 la Commission européenne supprimera les quotas sucriers qui protègent encore 40.000 emplois dans la filière de la canne à sucre, menaçant d’autres « RUP » français tout comme ils n’ont rien fait lorsque l’OMC et nos partenaires européens ont remis en cause les accords préférentiels de la banane, fragilisant cette filière d’activité essentielle. Outre Mayotte, La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique se préparent à bien des moments difficiles.

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S’affranchir des règles imposées par l’UE est la condition pour libérer Mayotte, La Réunion, la Guyane, Saint-Martin, la Guadeloupe et la Martinique du statut néocolonial de « RUP ». C’est la première étape pour développer un patriotisme économique adapté aux mesures de notre frontière ultramarine mondiale. Cesser d’importer ce que l’on peut produire sur place, porter des programmes de soutien à la pêche française Outre-Mer ; garantir les filières de la mer à l’assiette et rétablir la consommation de produit locaux dans les collectivités publiques en concertation avec les coopératives locales.

C’est d’un Etat souverain, renforcé dans ses prérogatives régaliennes et déterminé à se comporter en fédérateur, en acteur de concorde et de développement, dont la France maritime a besoin pour ne pas éclater en conflits sociaux et catastrophes humanitaires. Soutenue par une véritable politique de développement en Afrique, dans l’Océan Indien, dans les Amériques et en Asie-Océanie, la France d’Outre-Mer sera en mesure de prospérer et de coopérer étroitement avec les pays francophones de chaque environnement régional.

Aide au développement et surendettement

Loup Viallet

Président du COMEF, ONG française

www.collectifmeretfrancophonie.fr

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