Océan Indien : le gouvernement prouve son désintérêt pour l’action de l’Etat en mer

Océan Indien : le gouvernement prouve son désintérêt pour l’action de l’Etat en mer

Les Îles Eparses, possessions françaises dans l’Océan Indien et le canal du Mozambique ,rattachées aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ont été ces trois derniers jours le théâtre d’une inhabituelle activité militaire. Les Forces Armées dans la Zone Sud de l’Océan Indien (FAZSOI), en exercice grandeur nature, se sont ainsi entraînées à la lutte contre les narcotrafiquants en engageant des moyens considérables dans l’opération. Une préparation nécessaire, et une réaffirmation de la présence et de la souveraineté française bienvenue dans des eaux et territoires contestés.

Hélas, cette démonstration de force révèle aussi l’insuffisance criante des moyens de nos forces armées pour assurer la surveillance et la protection des eaux françaises dans l’Océan indien. Ainsi, l’engagement du Floréal embarquant un hélicoptère Panther dans l’exercice ne saurait faire oublier l’état de rupture capacitaire de la Marine nationale dans la région. Cette frégate est en réalité le seul bâtiment de tonnage important (2800 t), avec le Nivôse (une autre frégate) à opérer sur la Zone économique exclusive française du Sud de l’Océan indien qui ne compte pas moins de 2.5 millions de km2. Il est évidemment impossible, dans de telles conditions, d’assurer l’intervention rapide de ces bâtiments, encore moins des patrouilles régulière.

Quand ils sont disponibles, ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi, un reportage pour Le Marin révélait qu’en août, à la Grande Glorieuse, un détachement de surveillance de 45 militaires français était réduit à l’impuissance face à une opération de pêche illégale basée sur… l’île voisine du Lys1 ! En cause, l’indisponibilité du Nivôse, en réparations depuis un an suite à un incendie, comme du Floréal dont l’équipage était en permission… Une situation grotesque et désespérante qui montre bien que dans toute la batterie des moyens à disposition des militaires des FAZSOI, aucun ne peut être pleinement efficace en raison de l’éloignement des bases et de l’absence de patrouilles régulières. Ainsi un avion Casa, dont deux sont engagés dans l’exercice de ces derniers jours, aurait du, pour pouvoir intervenir aux Grandes Glorieuses, effectuer 3h30 de vol depuis la Réunion, qui ne compte que deux appareils de ce type. Une fois encore, à compter qu’il s’en trouve un de disponible, car ils sont aussi chargés d’assurer des missions de ravitaillement. Quant aux Batral, navires de débarquement amphibies, il eut fallut des jours de trajet en mer pour joindre le point d’intervention.

Pourtant, l’excellente performance de nos troupes au cours de l’exercice de ces derniers jours montre qu’en leur donnant les moyens nécessaires quoique modestes, elles sont tout à fait capables d’assurer brillamment les missions qui leurs sont confiées. Le Comef et le Rassemblement Bleu Marine s’alarment donc de la négligence des gouvernements successifs qui n’ont cessé de réduire les budgets de défense alors que l’ampleur, la difficulté et l’enjeu surtout des missions engagent les intérêts stratégiques et même vitaux de la France. Mais nos élites politiques se soucient-elles encore de telles choses ? Rien n’est moins sûr.

Il n’est ainsi pas anodin de remarquer que l’exercice des FAZSOI se déroule sur l’île Jean-de-Noves – ou Juan de Nova – dont les eaux ont récemment fait l’objet d’une décision de justice pour contraindre la ministre de l’écologie Ségolène Royal, à rendre une décision concernant les droits de prospection de deux compagnies pétrolières. L’une nigériane, l’autre américaine, ont attendu deux années une réponse à leur demande de renouvellement de permis de recherche d’hydrocarbures. Une réponse finalement positive qui révèle l’amateurisme du gouvernement en matière de développement marin comme en matière d’écologie. Ainsi la ministre, qui avait parié sur le sacrifice de possibles ressources stratégiques pour l’indépendance énergétique française au nom de la préparation de l’après-pétrole, a été contrainte à un revirement qui entame encore un peu la crédibilité de la France à quelques semaines de l’ouverture de la COP21. Cette lenteur et cette inconséquence a surtout démontré le désintérêt profond du gouvernement pour le patrimoine ultramarin du pays.

Pourtant les richesses escomptées en hydrocarbures, mais aussi en ressources halieutiques et en métaux, des fonds marins des îles Epares ne sont pas passées inaperçues des pillards et même des puissances voisines. Les Comores se sont ainsi arrogé le droit de délivrer des autorisations de prospection dans les eaux de Mayotte, département français dont l’Etat comorien conteste la souveraineté. A ces enjeux s’ajoutent les dangers hybrides de la piraterie, des trafics de drogue, et de celui des migrants, qui font peser sur Mayotte une pression insupportable et menacent les équilibres et la sécurité de l’île.

Dans ces conditions, le Collectif Mer et Francophonie ne peut qu’appeler au déploiement, aussi rapide que possible, de moyens supplémentaires et suffisants dans la zone du Sud de l’Océan indien, comme dans tous les territoires et eaux français en outre-mer. Leur nécessité est largement démontrée. Dans le canal du Mozambique où dès son arrivée à la Réunion, l’hélicoptère Panther du Nivôse a sauvé la vie d’un officier en mer. Comme dans le Pacifique, l’Atlantique ou les Antilles, où plus de 800 kg de marie-jeanne et plus de 800 kg de cocaïne pure (d’une valeur d’environ 53 millions d’euros) ont été saisi en trois jours au passage du mois par le Ventôse, de la Marine nationale. Ce ne sont hélas pas le renfort temporaire du patrouilleur L’Adroit, salué il y a deux mois par le Comef2, ni l’affectation du futur B2M Champlain (bâtiment multi-mission) à la zone du Sud de l’Océan indien, qui pourront, seuls, y remédier. D’ailleurs, le Champlain, qui sera finalement basé à la Réunion, a du pour éviter une rupture capacitaire complète dans le sud de l’Océan indien, être retiré des prévisions de renforcement des Antilles où il était prévu qu’il soit initialement basé…

A nouveau, la Marine nationale, les forces armées françaises et les Outre-mer doivent faire face à la gestion de la pénurie d’un gouvernement sans volonté et sans vision pour le destin national3.

1 « Reportage : les îles Glorieuses sous haute surveillance », lemarin.fr [en ligne, consulté le 6 octobre 2015] disponible sur : http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/defense/23214-reportage-les-iles-glorieuses-sous-haute-surveillance

3 Voir aussi l’article de Pierre Laroche, président du Comef : Une stratégie patriote pour les mers françaises

 

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