Notre saga de l’été : “La France et l’Océan : le pari du monde”

Notre saga estivale « La France et l’Océan : le pari du monde »

Sans titre

Le repli sur l’Europe n’a jamais servi les intérêts de la France.

Cet été je vous conduirai en mers de France et d’ailleurs, à diverses époques. Durant la Guerre de Cent-Ans, pendant la découverte du fleuve Saint-Laurent par Jacques Cartier au XVIème siècle, dans les bureaux des grands hommes d’Etat, Richelieu et Colbert, sur les eaux de l’Océan Indien, à la découverte de ces héros des Indes Orientales qu’ont été Duplex, La Motte Piquet et finalement le bailli de Suffren. Nous verserons des larmes pendant la Guette de Sept Ans, et goûterons la joie aigre-douce de nos succès de la Guerre d’Indépendance américaine. Tout cela et bien d’autres choses encore, chers lecteurs, pourra constituer une sorte de petite épopée, une saga, comme le consacre le vocabulaire épique, de l’été. J’espère qu’elle vous sera utile et nourrira en cette période estivale, vos réflexions, vous qui peut-être lézardez sur les plages, face à la mer.

Une saga présentée par Gwenael Blancho, secrétaire général du COMEF

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Prologue

Avec le Brexit, le Royaume-Uni vient de faire le pari du monde en choisissant la souveraineté plutôt que le repli continental et la dilution des pouvoirs régaliens dans l’Union européenne. David Cameron, dans la séance à la Chambre des Communes, le lendemain du référendum, se fendait de cette déclaration qui n’a été reprise par aucun média « Le vote n’est pas allé dans le sens que je voulais, ni dans celui dont il est, je pense, le meilleur pour les intérêts du pays. Mais je suis convaincu que le Royaume-Uni a ce qu’il faut pour relever ce défi. Il s’agit d’une décision souveraine. »

Certains ont parlé d’un tropisme anglais pour le large, pour ce qui n’est pas le continent et la terre. Reprenant à leur compte une vieille distinction illusoire entre les puissances continentales et les puissances maritimes. Illusoire parce que l’histoire a depuis longtemps qu’il n’y avait pas d’opposition entre les deux, bien au contraire, elles se nourrissent l’une de l’autre.

Cette lecture simpliste c’est fondé sur des récits grandioses et épiques ; Athènes contre Sparte, Rome contre Carthage, la France contre l’Angleterre.  Autant Des conflits qu’on ne peut résumer à une opposition entre la terre et la mer.

Ce discours doit être déconstruit tant ses présupposés sont éloignés de la réalité. La France ne peut pas se réduire à un destin continental, imposé par la représentation systématique de l’Hexagone pour représenter la France sans y associer ses prolongements territoriaux et maritimes, sa frontière ultramarine mondiale. Ce serait négliger tous les hommes qui ont donné son importance au fait marin et qui ont fait de la France une grande nation maritime crainte et respectée, souvent victorieuse, défaite parfois, efficace et fiable, souvent. Aujourd’hui très avancée technologiquement mais en grave rupture capacitaire. Ce serait oublier une donnée essentielle de l’histoire, à savoir que le succès découle souvent du volontarisme politique.

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Guerre du Péloponnèse : comment Sparte s’adapta et vainquit la ligue de Délos

La Guerre du Péloponnèse, qui se déroule sur 30 ans, est une période complexe de grands changements géopolitiques dans la Grèce antique.

En 431, à la veille du conflit, Athènes contrôle une puissante flotte de 300 trières. La Ligue de Délos, qui rassemble sous l’autorité d’Athènes tous ses alliés, est tournée entièrement vers la mer et les littoraux, puisqu’elle est constituée des cités d’Asie Mineure voisine de l’Empire Perse, de toutes les îles de l’archipel des Cyclades, et de toutes les îles de la Mer Egée. L’armée de terrestre de la Ligue de Délos compte environ 25 000 hommes, dont la moitié sont Athéniens. Sparte, dirige la Ligue du Péloponnèse qui, comme son nom l’indique, comporte essentiellement des cités de la région du Péloponnèse, comme Corinthe, Olympie ou encore Arcadie. La culture spartiate de la phalange hoplite lui a donné une armée de terre redoutable de 43 000 hommes en comptant ses alliés de sa Ligue.

La bataille d’Aigos Potamos vers 405 av J-C, finit par une victoire décisive de la flotte de Sparte, mettant fin à la guerre du Péloponnèse.

La bataille d’Aigos Potamos vers 405 av J-C, finit par une victoire décisive de la flotte de Sparte, mettant fin à la guerre du Péloponnèse.

 La première phase de la guerre, qui dure environ 10 ans, se compose essentiellement de petites incursions Spartiates sur les terres arables athéniennes. Une première victoire décisive est remportée à la fin de cette première période, le général spartiate Brasidas commence une invasion de la Thrace, portant un coup terrible à la thalassocratie athénienne qui se trouve coupée de ses approvisionnements en bois, essentiels à la construction des navires. Cela commande une riposte immédiate du stratège Cléon, qui affronte Brasidas. La victoire reste du coté de Sparte, entraînant cependant la mort des deux généraux, obstacles notoire à la paix. En 421, la paix de Nicias est conclue. Athènes sauve l’intégrité de son Empire, mais la stabilité de celui-ci est  brisée.

Une période de guerre froide d’une décennie s’en suit. Athènes tente d’utiliser sa puissance navale au maximum pour s’étendre, consciente de son impossibilité à vaincre Sparte sur terre.  En 415, Athènes arme une expédition pour soutenir ses alliés en Sicile et porter atteinte à la cité de Syracuse, qu’Athènes remplacerait bien comme cité hégémonique en Sicile.  Une défection dans le camp athénien, Alcibiade, personnage fort de caractère et romanesque, s’exile à Sparte où ses informations seront très bien accueillies. C’est lui qui conseille à Sparte de frapper sur mer. Sparte suit ses conseils et envoi Gylipos, qui, avec Syracuse, écrase la flotte athénienne : 200 navires et 40 000 hommes de la Ligue de Délos périssent, 10 000 autres sont déportés dans les mines de Syracuse ou l’espérance de vie dépasse rarement un an.

Athènes voit son empire exploser en moins de 5 ans à la suite de cette défaite épique. Dominée par la flotte de Sparte, renforcée par celle des Perses. La domination terrestre spartiate ne fut qu’un appoint, c’est dès que Sparte pris l’ascendant sur mer, qu’elle retourna définitivement le conflit.

Rome, grande puissance navale de l’Antiquité

La Rome “des douze César” a longtemps été retenue comme une puissance terrestre du fait de l’accent mis par une historiographie un peu datée sur la force et l’organisation de ses légions. Une force réelle, mais la marine sera aussi une composante indispensable et décisive de la puissance militaire romaine.

Illustration de la bataille du Mylae, en 260 avJ-C, les romains inventent des passerelles crochetées pour aborder les navires carthaginois.

Illustration de la bataille du Mylae, en 260 avJ-C, les romains inventent des passerelles crochetées pour aborder les navires carthaginois.

L’expansion de Rome dans les premières années du IVème siècle avant Jésus Christ, la confronta à la nécessité de s’adapter aux littoraux de l’Adriatique et de la Méditerranée. Très rapidement, les problèmes de pirateries vont se poser. Après la première guerre Samnite en 343, qui vit Rome s’étendre au-delà du Latium et commencer la conquête de l’Italie, les intérêts maritimes de Rome vont directement entrer en conflit avec le peuple des Volsques, dont la capitale est Antium, ville en bord de Méditerranée. Antium est un refuse pour les pirates de tous horizons, ce qui entraîne le pillage en règle de la ville par les romains. Rome, de par sa position géographique et son territoire sans accès littoral direct, doit utiliser les navires de ses alliés (socii) pour partir à la conquête de la Sicile.

Ce sont au cours des guerres puniques que Rome a accru son contrôle sur les mers pour son commerce et la projection rapides de ses troupes.

C’est lors de la victoire de Mylae, en 260 av J-C, lors de la première guerre punique que Rome démontra qu’elle pouvait vaincre Carthage sur mer. Ce fut la première grande bataille navale de la guerre punique, elle donna l’assurance aux romains quant à leur capacité à manœuvrer des navires, et brisa le cliché de la Rome uniquement tournée vers la terre.

Les qualités de la marine romaine supposées par les historiens ont permis d’établir que, contrairement à l’idée reçue, Carthage n’était pas une si grande puissance maritime, et qu’elle craignait tant la marine romaine, qu’elle refusait systématiquement le combat sur mer. Donnant ainsi la suprématie sur mer à Rome, permettant entre autres le maintien du ravitaillement des armées avec le blé venu de Sicile. Les conditions de la paix témoignaient d’ailleurs que les Romains avaient conscience qu’ils possédaient une suprématie maritime qu’il leur fallait entretenir. Lors des négociations de paix de la deuxième guerre punique, après la défaite finale de Zama en 203, Rome exige la destruction de la flotte carthaginoise – excepté dix navires.

A travers ces deux exemples, je me suis attaché à déconstruire des clichés construits par une littérature souvent brillante dans le style, mais hélas peu fiable quant aux sources historiques. Eric Zemmour en a beaucoup abusé dans son livre « Mélancolie Française » tombant dans le piège de l’opposition entre continent et océan pour lire notre histoire de France. Le COMEF, depuis sa création, s’est évertué à démontrer qu’il n’existait pas de fatalité dans l’histoire. Ma formation d’historien me l’a apprise aussi : rien n’est jamais sûr, la méthode historique condamne avec fermeté la téléologie, c’est-à-dire lire l’interprétation des événements à l’aune de leur dénouement. Le politique, lui, se doit de réfuter toute idée de « sens de l’histoire », cette idée qu’il y aurait une marche irrésistible vers un horizon unique. En tout cas, il le récuse absolument s’il tient à être un vrai souverainiste, c’est-à-dire un vrai politique. C’est donc un honneur particulier qui m’a été fait de vous emmener, chers lecteurs, dans les méandres de l’histoire maritime de notre pays, m’offrant ainsi la possibilité, pas si fréquente finalement, de faire profession de politique et d’historien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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