L’aquaculture : une filière à la traîne de l’économie française

.Portrait d’une filière sous-développée.

Pourquoi parler ici d’aquaculture ? De l’importance de cette filière dans le marché intérieur français ? Six poissons sur dix consommés en France sont importés, et la demande ne cesse d’augmenter chaque année. En 1998, quand la France était peuplée de 60 millions d’habitants, un français consommait en moyenne 19 kg de poisson par an. En 2012, alors que la population a augmenté de 5 millions d’habitants, les français consommaient en moyenne 23,4 kg de poisson par an. La demande en produits issus de la filière halieutique augmente, de manière sûre et durable. Cette tendance n’est pas propre à la France : la Food and Agriculture Organisation (FAO) l’organe de la communauté internationale sur les questions agro-alimentaires, constate que c’est une tendance mondiale.

Cependant la communauté scientifique nous alerte et il faut entendre ses conclusions : une grande partie des stocks de poisson sont victimes de la surpêche, engageant ainsi un risque écologique pour la ressource,  mettant en danger la biodiversité, le renouvellement naturel des stocks et la pérennité de l’activité des pêcheurs. Il est donc urgent de trouver de nouveaux modes de production qui permettront d’assurer notre sécurité et notre souveraineté alimentaire tout en préservant la ressource halieutique d’une destruction par mauvaise gestion. C’est tout l’enjeu de l’aquaponie, dont nous explicitons le modèle économique en fin de communication (et dans cet article), qui compte parmi les outils de développement pour la France que le COMEF préconise d’adopter et d’adapter en politiques publiques.

L’aquaculture est une technique existant depuis des millénaires, élevée au rang d’art par certaines cultures, en Asie en particulier. Il s’agit ni plus ni moins que d’élever des poissons dans des fermes aquacoles. De nombreux pays ont choisi cette voie pour assurer leur demande intérieure ou encore pratiquer l’export de poisson. Près d’un poisson sur deux consommé dans le monde est maintenant issu de l’aquaculture, contre seulement un sur quatre en France. La France est pourtant pionnière en matière de recherche aquacole et ce depuis le début des années 1980 en particulier grâce à l’Ifremer, qui a développé les premières techniques d’élevages de poisson modernes. Or, l’Ifremer voit chaque année son budget   se réduire sous la pression d’une austérité mortifère qu’il sera impératif de relâcher sous peine de passer à côté de l’exploitation, pour la communauté nationale, de la ressource aquacole.

. Freins au développement de l’aquaculture sur le territoire national.

Malgré des organismes de recherche performants, la production aquacole française est dérisoire : la France produit moins de 1% de la production aquacole mondiale, alors que son domaine maritime est immense (le 2e du monde) et riche en littoraux. En France l’aquaculture marine ne produit que 6000 tonnes de poisson par an, et la pisciculture en eau douce 33 000 tonnes. Alors que la production totale issue de l’exploitation des produits de la mer est de 470 000 tonnes par an, plus environ 150 000 tonnes de coquillages. Sans se comparer au géant chinois qui fournit 61% de la production aquacole du monde, nous sommes loin derrière le Bengladesh par exemple, qui fait partie des Etats produisant plus d’un millions de tonnes de poissons issus de l’Aquaculture.

La priorité est d’autant plus essentielle que le développement de l’aquaculture n’est pas qu’un sujet qui touche à la souveraineté alimentaire française. C’est également un enjeu important de développement international. En Asie, un poisson sur deux est issu de l’aquaculture, ce chiffre en Europe n’est que de 20%, et il est de 10% pour l’Afrique. Il est évident qu’en Europe comme en Afrique, ce chiffre devra augmenter considérablement. Or, on l’a bien observé dans de nombreux endroits du monde, l’aquaculture productiviste représente un risque pour la ressource comme le consommateur. La logique mondialiste a trouvé ses champs d’application et ses limites dans ce domaine aussi.

En effet, l’ultralibéralisme et les distorsions de règlementation d’un pays à l’autre sont les causes profondes du frein au développement d’une industrie aquacole respectueuse de l’environnement sur notre sol. Le Chili est à ce titre l’un des exemples les plus désastreux d’une filière aquacole non règlementée. Les poissons y sont entassés dans des bassins bien trop petits par rapport à leur nombre, disposés de telles sorte que l’eau et le fond marin sont totalement stérilisé ce qui met en péril l’ensemble de l’écosystème. La productivité est évidemment très élevée et les prix très compétitif car elle emploie des pêcheurs journaliers payés une misère. C’est cette production qui entre dans les 60% d’importation française et qui a étouffé la possibilité de développer l’aquaculture dans notre pays mais aussi dans des pays africains côtiers ou possédant des grands lacs pouvant s’y prêter.

. Soutenir et encadrer la filière aquacole : défi politique d’une France souveraine.

Une ferme agricole urbaine. Un modèle dont les communes françaises pourraient s'inspirer !

Une ferme agricole urbaine. Un modèle dont les communes françaises pourraient s’inspirer !

Concernant la France, cette asymétrie économique a rendu impossible toute implantation de l’aquaculture en Outre-Mer, sinon à des niveaux embryonnaires à cause de problèmes structurels évidents. La Nouvelle-Calédonie possède par exemple des élevages de crevettes tropicales qui sont en crise de façon récurrente. Certes, des maladies dans les élevages sont des éléments de conjonctures, mais structurellement, la crevette Néo-calédonienne ne peut rivaliser avec la production chinoise. La Chine produit 3 millions de tonnes de crustacés d’élevages par ans. Cela induit des économies d’échelles qui écrasent la concurrence, car le marché métropolitain, hélas, s’occupe davantage du prix que de la qualité.

L’implantation de l’aquaculture marine en Outre-Mer est pourtant faisable d’abord en sortant du mortifère libre-échange et en imposant aux produits d’importations de suivre les mêmes normes environnementales et sociales que celles imposées en France à l’aquaculture française, qui bien plus exigeante en termes de santé de la ressource et de  précaution quant à la propreté et à la viabilité des écosystèmes. Ces mesures de protection du secteur ne sont cependant pas suffisantes. Il faut que l’Etat engage une politique de structuration de la filière. Il faut sortir d’une logique d’un cycle de production/vente pour y substituer une approche commerciale, scientifique et politique respectueuse de l’économie locale et réelle fonctionnant par circuits courts. Par le financement d’études de marché permettant de recueillir des données sur les attentes de consommateurs et permettant ainsi un processus de sélection/ création d’espèce financée en coopération avec les acteurs de la filière, on peut arriver en l’espace de dix ans à créer peut être un produit aquacole phare. Ce type de succès s’est déjà vu dans le domaine de la fruiticulture, avec la pomme « pink lady » crée de toute pièce selon les attentes du consommateur en terme de goût, arôme, texture etc…

Le tilapia, poisson le plus élevé dans le monde.

Le tilapia, poisson le plus élevé dans le monde.

Sur le territoire métropolitain aussi, l’aquaculture a de grandes potentialités, notamment pour approvisionner en produits frais et locaux nos collectivités publiques, cantines scolaires et personnels de mairies. L’aquaculture marine est déjà bien implantée sur nos littoraux, en Corse ou en Bretagne. Mais il faut aussi encourager son implantation à l’intérieur des terres par la promotion de modèles d’aquaculture d’espèces d’eau douces, intégrant des systèmes d’agriculture maraîchère. C’est tout l’enjeu du développement de l’aquaponie, dont le modèle productif a fait l’objet d’une autre analyse sur notre site.

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