Il faut réformer l’Agence Française de Développement

L’Agence Française de Développement (AFD), institution financière publique exécute des objectifs définis par le gouvernement, au titre de l’Aide Publique au Développement (APD).Elle a consacré pour 8 milliards d’euros de financements de projets en 2014.

L’AFD ? Un “arrosoir percé”, inefficace, incohérent, mondialisé.

 

L’AFD est un peu comme un arrosoir percé, tenu par un jardinier fou qui se serait mis en tête de faire fleurir le monde entier.

Cette caricature force à peine le trait tant la méthode employée, tant la pluralité des buts poursuivis par l’AFD rendent son entreprise comme son objet déraisonnables. Lutter contre le dérèglement climatique, protéger l’environnement, « réduire la pauvreté », faire reculer les pandémies, soutenir le développement des industries et la scolarisation des enfants dans une cinquantaine de pays avec un budget aussi maigre et en constante diminution n’est ni réaliste, ni réalisable. Trop d’objectifs, trop de pays, trop de bonnes intentions. Et à la fin une dilution des aides dans le puits sans fonds des indigences mondiales.

Multiplier les postes de dépenses de notre aide publique est la meilleure manière d’organiser les conditions de son gaspillage. Et pour seule conséquence, des investissements à très court terme, tel celui de 330 millions d’euros accordé en 2012 par l’AFD à un programme brésilien de gestion de réseaux d’eau potable et de tout-à-l’égout. Les exemples de ce type de saupoudrage parmi les prêts et les aides octroyés par l’AFD sont légion. En 2011, on note un prêt de 60 millions d’euros au gouvernement mexicain pour la préservation de la biodiversité ; en 2013, c’est une ligne de crédit de 100 millions d’euros qui est accordée pour mettre des PME agroalimentaires turques en conformité avec la réglementation de l’Union européenne…Où est l’idée ? Quel est le cap ? Quelle part d’improvisation préside-t-elle aux stratégies d’investissement public que mène l’AFD ?

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La dispersion des fonds : la méthode mondialisée de l’AFD.

Il suffit d’observer liste des pays et Etats bénéficiaires de notre aide publique pour mesurer sa dispersion ; pour comprendre à quel point cette dernière est dilapidée. Parmi les cinq premiers récipiendaires de notre aide bilatérale nette, l’on notait en 2012 l’incompréhensible présence de la « ferme du monde », le Brésil (2e bénéficiaire ; 861 millions d’euros) et de l’ « atelier du monde », la Chine (4e bénéficiaire ; 246 millions d’euros), qui mènent par ailleurs une concurrence très rude à la France, notamment sur les plan économique et commercial. Quant au premier bénéficiaire de notre aide multilatérale, c’était, en 2011, le « bureau du monde » et pays du célèbre Mittal : l’Inde. Certains ont dû s’imaginer que nos concurrents directs dans la mondialisation avaient besoin d’aide.

Absence de hiérarchie claire dans les objectifs, absence de hiérarchie parmi les récipiendaires, aide aux concurrents directs de la France, le modèle actuel de l’AFD doit être révisé d’urgence pour sortir de l’inefficacité.

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La dispersion des projets :la méthode AFD.

Il faut refonder l’AFD en un instrument efficace au service d’un développement en charge de lutter contre les causes profondes de l’immigration de masse.

Abandonner la mondialisation des crédits pour établir une priorité francophone à leur allocation, ciblant uniquement l’espace francophone et les Outre-mer.

L’inefficacité de l’action de l’AFD provient d’abord de la mondialisation de ses crédits, synonyme de dispersion et de court-terme. Nous proposons de cibler l’allocation de ceux-ci sur un espace délimité, dans lequel l’investissement est synonyme de coprospérité : l’espace du monde francophone. Autrement dit, nous proposons d’instaurer une priorité à l’espace francophone et aux territoires d’Outre-mer dans l’allocation de notre aide publique au développement.

Beaucoup d’Etats francophones d’Afrique de l’Ouest, par exemple, demandent à être industrialisés. Avec le recours de l’aide liée l’AFD pourrait encourager considérablement le développement de filières stratégiques ciblées (type filières textiles, avicoles) dans ces régions, avec la coopération des gouvernements partenaires. L’aide liée protège l’intérêt bilatéral en limitant les marchés aux entreprises du pays donneur ; ceci permettant d’ouvrir un horizon commercial durable aux entreprises françaises, ainsi qu’une opportunité solide de développement (croissance du secteur secondaire) pour l’Etat partenaire. Nos territoires ultra-marins…

Privilégier le modèle de l’action bilatérale, plus facile à suivre et à contrôler que celui de l’aide multilatérale.

Pour retrouver une cohérence dans la gestion de l’AFD, nous proposons de revaloriser l’action bilatérale, sur la part de l’aide multilatérale accordée annuellement. L’action bilatérale est l’instrument d’une coopération saine entre Etats souverains. Elle est aussi plus facile à suivre, à contrôler que l’aide transitant par des organismes multilatéraux. En 2012, 66% de notre aide transitait par ce canal. Nous proposons de monter ce pourcentage à 80%.

Cesser de déconsidérer le régime de l’aide liée pour, subordonner 100% de nos investissements publics aux intérêts des entreprises françaises, à l’instar de grandes puissances telles que la Chine et les États-Unis.

Cibler notre investissement public sur l’espace francophone au travers de projets ambitieux de développement ne peut se faire sans assurer des parts de marchés aux entreprises françaises. C’est pourquoi nous proposons de réaffirmer le principe de l’aide liée, mentionné brièvement plus haut.

L’aide liée, ce sont les dons ou prêts d’origine publique servant à financer des achats de biens et services dans le seul pays donneur. Or, notre aide a été déliée depuis vingt ans. Celle-ci correspondrait à environ 20% de nos investissements publics. 100% de notre aide doit, à l’instar de la Chine, être liée si nous voulons construire une politique de développement ambitieuse, capable notamment de présenter des opportunités solides de développement pour les Etats partenaires ainsi que des ouvertures économiques pour les entreprises françaises du secteur bénéficiant du régime de l’aide liée.

Autant de missions à conduire ou à accompagner pour une AFD refondée, en capacité de réaliser des investissements conséquents et solides. Endiguer les causes profondes de l’immigration massive ne se fera pas sans établir le cadre d’une action internationale française à la fois ambitieuse et raisonnée, sans la capacité d’une France souveraine à mener une politique de développement responsable et efficace.

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