Quand la France développera une stratégie francophone et francophile

Renouer avec la France. 

Renouer avec la souveraineté, c’est renouer avec la grandeur. C’est autour de cette conviction profonde que le Collectif Mer et Francophonie s’est donné pour mission de proposer des projets et surtout une vision politique pour la France. Pour la France dans le monde, en faisant pleinement partie en tant que nation indépendante, sans allégeance, sans abandon. La proposition inverse pourrait être soutenue : renouer avec la gradeur, c’est renouer avec la souveraineté. Ainsi, prendre conscience de la place de la France dans le monde, de sa présence, de sa puissance et de sa capacité d’influence, est sans doute l’une des conditions de la restauration de sa souveraineté, du moins à la réhabilitation de l’idée de souveraineté trop souvent devenue synonyme de repli sur soi, avec l’image caricaturale et ridicule d’un pays fermé, arriéré, fermant ses frontières comme une Chine du XIXème siècle vivant dans un isolationnisme complet.

Le mythe de la Nation dépassée pour imposer l’intégration antidémocratique à l’Ue.

La France un vaste territoire

La France, puissance mondiale, aujourd’hui embourbée dans un destin continental étriqué.

Depuis maintenant des décennies, l’horizon politique français semble avoir été réduit au seul continent européen et à la volonté d’y intégrer la nation au sein d’un ensemble régional. Au nom d’une prétendue incapacité de la France à pouvoir exister en dehors d’un ensemble supranational au sein de la mondialisation, au nom du dépassement des principes d’indépendance du pays et de l’idée même de nation. Pire, celle-ci, et à travers elle la souveraineté, celle du pays et celle du peuple assemblé en nation, ne serait plus que le vestige d’un malheureux passé, une notion réactionnaire, contre le progrès, contre l’amélioration de la condition humaine : une idée bestiale. A la place, notre classe politique fait mine d’offrir une solution raisonnable : l’intégration à la mondialisation marchande par l’Union européenne aujourd’hui, le marché transatlantique demain, la fédération transatlantique au bout du chemin. De la mondialisation libérale devrait ainsi sortir un monde uni, par le marché et l’uniformisation des modèles économiques, autour de valeurs et d’une identité communes.

C’est horizon qui put autrefois paraître visionnaire, et qui n’est depuis plus qu’un paradigme renonciateur face à l’hégémonie continentale et industrielle allemande d’une part, à l’hégémonie maritime, militaire et financière  angloaméricaine d’autre part, est celle de la dissolution pure et simple de la France dans un grand empire occidental. Il a guidé la politique de nos dirigeants, en a fondé la cohérence, et contredit à notre longue histoire d’indépendance et d’affirmation de l’exception de la France.

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Cette forfaiture au regard de l’Histoire en est aussi une au regard du peuple, car, en France, mère des révolutions après avoir été la fille aînée de l’Eglise, plus peut-être que dans d’autre pays, la souveraineté nationale est d’abord l’expression de son unité et de sa cohésion nationale. On s’étonnera ainsi peu de constater que pour sacrifier l’un, on consente à sacrifier l’autre, que pour abattre la France, on abatte la République et la démocratie. La blessure ouverte de l’attentat antidémocratique de Nicolas Sarkozy, qui ressuscita la Constitution européenne après qu’elle fut rejetée par les Français et la fit ratifier sous le nom moins odieux de Traité de Lisbonne par un parlement de collaboration, consacre la rupture des élites avec leurs compatriotes. Comment comprendre autrement la soumission systématique des de nos gouvernements aux intérêts étrangers, et d’abord américains, comme en Lybie, en Syrie, en Ukraine également – avec d’immenses dommages sur le futur de notre industrie de l’armement, et à la parole de la France – mais aussi par la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et l’alignement de notre président sur les exigences allemandes de l’Union européenne vis-à-vis de la Grèce ? Dans ce dernier dossier, l’actualité l’a bien montré, les politiques français européistes ont la haine et la terreur de la démocratie, et se passeraient volontiers de tout processus d’autodétermination, et même d’élections.

Au contraire de ces politiques de soumission de la France nous entraînant dans des conflits qui ne sont pas les nôtres et mettant en péril notre économie, notre diplomatie et notre sécurité, le COMEF et le RBM prônent une politique de réalignement stratégique pour protéger sa démocratie, son indépendance et son influence. Car la voix de la France n’a pas besoin d’être déléguée à des puissances étrangères pour se faire entendre ; au contraire, elle est d’autant plus déterminante et écoutée qu’elle est propre à la France, puissance d’équilibre, civilisation plus que millénaire, et résolument libre. Et pour se faire entendre, pour exister, notre pays dispose d’un vecteur de résonnance particulièrement enviable à travers le monde francophone.

Pour la France et les Français : un monde caché par l’entretien de la détestation de soi.

Ce monde, vaste bien que complètement oublié par le débat public, porte en lui les promesses d’une autre voie pour la France, faite d’alliances naturelles autour d’une langue partagée, et d’une autre conception des relations et des échanges internationaux, en rupture avec les relations de sujétion qui caractérisent nos orientations actuelles.

Et pourtant, cet espace francophone existe bien. Dans sa forme la plus resserrée, il rassemble 33 pays et 45 territoires où l’on peut vivre en français. Vaste de plus de 16 millions de km2, fort de 450 millions d’habitants répartis sur quatre continents, c’est le quatrième espace géolinguistique au monde, d’échelle planétaire[1]. La France y contribue non seulement par son territoire européen, mais aussi par ses territoires Outre-Mer, qui lui assurent le second plus grand territoire maritime au monde derrière les Etats-Unis, avec 11.5 millions de km2 de Zone Economique Exclusive. Elle y pèse aussi par sa démographie grâce à près de 70 millions d’habitants. Mais c’est surtout l’Afrique francophone, et plus précisément l’Afrique subsaharienne, l’Afrique noire francophone, qui contribue le plus au grand dynamisme démographique de cette francophonie géolinguistique : 80 % de la population des pays francophones y vit[2], et elle tire la croissance démographique de notre zone géolinguistique au point d’en faire, aux côtés du monde arabophone, celui où la croissance démographique est la plus forte. Notre langue y est en forte progression, ou se maintient, même lorsqu’elle est minoritaire et côtoie de nombreuses autres langues, ou qu’elle ne dispose d’aucun statut officiel comme au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Maurétanie… C’est ainsi également un espace de grande diversité linguistique et culturelle, où le français fait lien entre des populations très différentes, comme un universel vecteur de dialogue, d’échanges, de compréhension.

Ce partage de la langue n’est pas un hasard, il est le fruit d’une histoire partagée, celle des grandes aventures de la France, aux Amériques, en Asie, en Afrique… Elle peut s’organiser en une véritable solidarité de culture face à l’hégémonie angloaméricaine mondiale – sur des positions convergentes très concrètes comme les OGM, l’exception culturelle, etc. – mais nécessite pour cela un changement profond dans le discours politique et  historique, et l’opinion publique française. Il faut ainsi réconcilier les Français avec leur histoire, certes comprenant ses parts de justice et d’injustice, mais indéniablement portée par l’esprit de grandeur et par l’élan d’un universalisme généreux. C’est cette grandeur passée qui doit donner aux Français la confiance dans leur grandeur de demain, à notre capacité en tant que nation, en tant que civilisation, à pleinement prendre notre place dans le monde francophone et dans le concert des nations restaurées.

Il faut donc en terminer avec la mortifère habitude imposée par nos élites à l’auto-flagellation, à la culpabilisation, à la perpétuation d’une éternelle repentance et à l’entretien de la surenchère et même de la concurrence victimaire. A en croire un discours répandu dans l’enseignement et parmi nos élites politiques et médiatiques, la France ne serait autre chose que la patrie de l’esclavage, une nation prédatrice et meurtrière. Le monde francophone, lui, un espace méconnu, vestige linguistique honteux de nos anciennes colonies, éternel monument à un caractère fondamentalement raciste et ethnocentriste du peuple français, témoignage douloureux des prétentions mauvaises d’une nation coupable sur des peuples opprimés. Ce sont là choses fausses, et qu’il convient de dépasser par une saine réappropriation de la fierté et de l’honneur d’être Français. Sans cet effort de réhabilitation de la France, on ne peut comprendre et concevoir l’extraordinaire monde qui l’attend et qu’elle a contribué à faire naître.

.Réalité d’un monde francophone et francophile. 

Pays et territoires où l'usage du français est une réalité quotidienne

Car la réalité contredit les discours francophobes, et fait apparaître un monde francophile. L’excellente santé de la langue française dans son espace géolinguistique et au-delà le prouvent. Ainsi, le démographe Ilyes Zouari affirme avec pertinence que « contrairement à une littérature tendancieuse, le français n’a jamais été aussi fort dans cet espace où, du temps des empires, seule une infime minorité d’individus la pratiquaient.[3] » Les derniers travaux de l’Observatoire de la Langue française le confirment : notre langue, parlée par 3% de la population mondiale en 2012, devrait l’être par 8% en 2060, portée par la croissance démographique africaine et le maintient du français comme langue d’enseignement et de scolarisation dans de nombreux pays. L’Afrique francophone se distingue encore en cette occasion, puisque si l’usage quotidien du français a progressé de 7% entre 2012 et 2014, elle enregistre pour sa part une progression de 15%. Jusqu’à 30% dans certains pays[4], comme la République démocratique du Congo où il coexiste avec d’autres langues nationales également en progression comme le lingala. Toujours dans le sous-continent subsaharien, on constate une augmentation de 44% du nombre d’apprenants[5] !

Cette tendance devrait se maintenir et même s’accentuer selon les progrès de la scolarisation et de la formation des enseignants. A cette francophonie géographique, qui s’étend du Canada à l’Europe, à l’Afrique et à l’Océan indien, s’ajoute encore de nombreux pays où le français se maintient ou progresse, tels l’Egypte, allié et ami historique de la France comptant 8 millions de locuteurs, l’Argentine où 17% de la population est d’ascendance française[6], et l’Amérique latine en général dans lequel les Alliances françaises ont tissé leur plus dense réseau. Cet appétit pour la langue française, même en dehors des cadres scolaires, est remarquable, et révèle des enjeux attachés à notre langue qui, malheureusement, semblent insoupçonnés en France. Remarquons ainsi que si le français progresse fortement en Afrique noire non francophone, c’est par souci de développer les échanges économiques avec sa partie francophone.

Un pari averti, puisqu’il est admis que les pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger 65% plus que s’ils n’en avaient pas[7]. Un fait qui amène à s’interroger sur l’incohérence des échanges extérieurs de la France, qui apparaissent dès lors comme véritablement contre-natures. Ainsi en 2013, l’Afrique noire n’y pesait que pour 3.5% des échanges, seulement 0.9% pour sa partie francophone[8] ! Manifestement, il existe un déficit de conscience à combler chez les politiques, les investisseurs et les industriels français, à l’heure où 67% de nos échanges extérieurs se font au sein de l’Union européenne[9] et que l’emploi souffre de la difficulté de nos entreprises à trouver des débouchés et des financements tout en subissant l’étranglement de l’euro face à une concurrence internationale et intra-européenne. Mais comment s’étonner de cette renonciation criminelle de nos élites au monde francophone au profit d’une Union de plus en plus tyrannique, quand au sein même de ses institutions, ils tolèrent que le français en disparaisse peu à peu, et qu’on porte en triomphe l’anglais comme langue universelle, dans les institutions internationales, dans le commerce, dans l’enseignement et jusque dans la publicité.


.Nécessité d’une stratégie à la hauteur de nos intérêts.

         La voie du futur français est radicalement différente, elle impose un réinvestissement massif de la France dans l’espace francophone, mondial et très dynamique, soucieux de préserver l’identité et la culture des peuples. Face au repli incarné par l’européisme et le mondialisme, contre-nature dans une Europe allemande dominée par la finance angloaméricaine, le COMEF préfère la souveraineté comme moyen d’ouverture et de paix, et voit dans l’espace francophone celui où notre nation s’épanouira et portera ses valeurs de liberté, de solidarité et de démocratie. « Le français, langue de culture », disait Léopold Sédar Senghor, est la langue de ces valeurs. Hier moyen d’émancipation et d’unité interne en France, il tend aujourd’hui à devenir le moyen de l’émancipation de l’Homme face au mondialisme, rouleau compresseur culturel et humain qui standardise aussi bien les Hommes que les marchandises, et parle le globish.

Loup Viallet, président du Collectif Mer et Francophonie.  Alex Frederiksen, trésorier et adjoint aux associations du COMEF. Gwenael Blancho, secrétaire général du COMEF.

[1] ZOUARI Ilyes, Petit dictionnaire du Monde francophone, L’Harmattan, Paris, 2015, 443p.

[2] Ibid.

[3] ZOUARI Ilyes, « La France doit réinvestir le Monde francophone », Géopolitique africaine en ligne, consulté le 11/07/2015] disponible sur : http://www.geopolitique-africaine.com/la-france-doit-reinvestir-le-monde-francophone_900005.html

[4] WOLFF Alexandre, AITHNARD Aminata, La langue française dans le monde 2014, Nathan, Paris, 2014, pour l’Observatoire de la langue française en coordination avec l’OIF, [ synthèse en ligne, consultée le 12/06/2015] Disponible sur : http://www.francophonie.org/IMG/pdf/oif_synthese_francais.pdf

[5] Ibid.

[6] MAX Jean-Louis, « La francophilie en Amérique du Sud » [en ligne, consulté le 18/06/2015] disponible sur : http://francophonie.6mablog.com/post/2010/03/26/La-francophilie-aux-Ameriques

[7] [7]FRANKEL Jeffrey, STEIN Ernesto et WEI Shang-jin, «  Trading Blocs and the Americas », Journal of Development Economics, vol. 47, 1995

[8] ZOUARI Ilyes, « La France doit réinvestir le Monde francophone », op.cit.

[9] Ibid.

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