Action internationale : ” il faut changer les règles du jeu” – Loup Viallet, Le Nouveau Courrier 🇨🇮

Article de Loup Viallet paru dans le quotidien ivoirien Le Nouveau Courrier 🇨🇮

Le Nouveau Courrier LNC 1438

Le Nouveau Courrier LNC 1438 Vendredi 20 Mai 2016

Retrouvez l’article en format pdf : Action internationale : il faut changer les règles du jeu

Aide au développement et surendettement

Délégué national du Front national à la prospective, Loup Viallet est le président du Collectif Mer et Francophonie, la première ONG souverainiste de France.

A quelques mois du sommet de la Francophonie prévu en novembre prochain à Madagascar, ce proche de Marine Lepen, président du FN, se prononce sur les relations, surtout économiques, entre la France et autres Etats développés d’une part, et les pays en développement de l’autre. Dans une contribution intitulée « Sortir de la spirale du sous-développement et du surendettement – Pour un développement coprofitable via la Francophonie », publiée sur le site de l’ONG, il démontre combien il importe de prendre des décisions courageuses pour promouvoir un développement harmonisé du monde, sans calcul ni arrière-pensées. Sinon, le thème choisi : « Croissance partagée et développement responsable : les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone » restera un assemblage de mots creux.

Les 19 et 20 novembre prochains, Antananarivo, la capitale de Madagascar, accueillera le XVIe Sommet de la Francophonie, organisé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Les chefs d’Etat et de gouvernement francophones, qui y représenteront un tiers des Etats du monde, ont été invités par la secrétaire générale Michaëlle Jean à se réunir autour du thème « Croissance partagée et développement responsable : les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone ». Les directions prises par la mondialisation ont provoqué la crise migratoire actuelle, qui traverse et fragilise le monde francophone en tous ses points. Ralentir l’émergence économique et politique des Etats les plus pauvres a mis en danger la sécurité et la prospérité des Etats les plus développés.

Pour s’élever à la dignité de partenaires et créer les conditions d’un nouveau départ mutuellement profitable, il faudra changer les règles du jeu, formuler un projet géopolitique ambitieux et surtout dissocier clairement aide au développement et investissement dans le développement.

La politique d’aide au développement établie depuis les décolonisations a échoué à servir durablement l’autonomie de ses bénéficiaires. Pire, elle a provoqué l’immigration massive et entretenu la misère dans les pays les plus pauvres : trois quart des pays francophones croulent encore sous le poids de leur dette publique. Elle a servi de leurre, à tromper les caméras et les publics occidentaux sur la réalité d’une colonisation financière combinant sous-développement économique et émigration des forces vives de ces nations.

Le capitaine Thomas Sankara qualifiait de « réflexe du mendiant » le consentement instantané des Etats vulnérables aux rééchelonnements et annulations de dettes, deux instruments d’une dépendance financière qu’il entendait combattre par la conquête de l’autonomie alimentaire et de la souveraineté nationale.

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En 1956, à la veille des indépendances, des Etats développés, parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France ou le Canada, mettaient en place une commission informelle de désendettement et de restructuration des dettes publiques : le Club de Paris.

Depuis sa création, ce Club a encadré la négociation de 430 accords de rééchelonnement de dettes et d’abandon de créances concernant 90 pays, pour un total de 600 milliards d’euros. Ce n’est pas de clémence dont le Club de Paris fait preuve : la restructuration des dettes permet seulement d’amorcer de nouveaux cycles d’endettement.

Autant de faux-départs pour les Etats bénéficiaires, démembrés à chaque plan d’ajustement structurel. L’austérité budgétaire combinée aux privatisations sauvages provoque des désastres incalculables dans des économies encore vulnérables ; dans l’ouverture commerciale imposée par les gardiens du libre-échange mondial, développer des filières complètes au-delà du stade de la production est illusoire. Transformer le sucre, le bois, le coton, les hydrocarbures ou les énergies marines grâce à une industrie compétitive servie par un personnel compétent et formé sur place est impossible. Les industries lancées localement sont immédiatement soumises à une concurrence inéquitable avec de grandes entreprises internationalisées, soutenues depuis longtemps par les banques dans leurs demandes de prêts. Une situation intenable sans soutien public aux TPE-PME locales.

Sans industries solides, les économies préémergentes sont condamnées à la dépendance aux cours volatiles des matières premières, fluctuant à Chicago ou à Londres.Finalement, les pays membres du Club de Paris s’assurent un marché d’exportation pour leurs surplus industriels et agricoles, refermant à nouveau le cercle vicieux de l’endettement en étouffant l’essor de politiques économiques adaptées aux nécessités nationales.

Confrontés à l’échec de ce modèle, le FMI et la Banque Mondiale ont lancé il y a déjà 20 ans l’initiative « Pays Pauvres Très Endettés » (PPTE), avec pour objectif d’annuler les deux tiers des 50 milliards de dettes des pays les plus endettés. Les contribuables des pays les plus puissants (France, Canada, Suisse, entre autres) assument ainsi 35 milliards d’euros d’impôts supplémentaires pour solder les conséquences de l’incapacité manifeste de leurs gouvernements à proposer un modèle de développement alternatif à celui dont les grandes institutions internationales, nées après la seconde guerre mondiale, sont encore les gardiennes.

Ces pays jouissent pourtant d’une attractivité nouvelle : tout est à construire et la Chine le sait. L’Afrique francophone Subsaharienne, de plus en plus stable, démographiquement dynamique, est désormais prête à accueillir les investissements en infrastructures et en équipements pour faire face à une demande accrue et à une urbanisation galopante. Elle comprend pourtant plus de trois quarts des PPTE, et connait malgré cela les performances les plus encourageantes du continent, avec une croissance moyenne de 5,1%/an sur la période 2012-2015. Mais les entreprises françaises ou canadiennes ne sont plus sensibles à ces opportunités économiques : la France comme le Canada réalisent dans cet espace moins de 1% de leur commerce extérieur.

Enfin, les partenariats économiques négociés par l’UE dans ces régions (CEDEAO, CEMAC) pour y recycler les excédents de production bas de gamme de ses grandes entreprises, imposent la libéralisation des échanges commerciaux et étouffent toute stratégie de développement africaine. A préférer le monde entier à leur espace linguistique, la France, le Canada, la Belgique, la Suisse l’ont exclu de leurs investissements. Ils ont sous-évalué l’importance du lien linguistique dans le commerce international, fermé les yeux sur l’Afrique francophone, le Liban, les Outre-Mer français. Cette stratégie est inédite dans l’histoire des relations internationales qui voit rarement une puissance se désintéresser de son espace linguistique, comme en témoignent les investissements de l’Arabie Saoudite vers le monde arabe ou l’implantation économique du Brésil en Afrique lusophone. En effet, deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65% plus que s’ils n’en avaient pas.

Il faut donc investir dans une croissance commune, donner aux pré-émergents les moyens d’accéder à la maîtrise de leur propre développement. Permettre à l’ensemble des Etats francophones de soutenir un tissu entrepreneurial et industriel tourné vers leur marché intérieur, de viser l’autosuffisance alimentaire, de contrôler leurs frontières migratoires et économiques, enfin de renforcer leur souveraineté partout où elle s’est affaiblie.

Un fonds francophone d’investissement coordonné par les Etats, au capital ouvert aux pays-membres de l’OIF, correspond à l’instrument politique et financier le plus adapté à ce nouveau modèle de relations internationales, à même de mobiliser rapidement plusieurs dizaines de milliards d’euros parmi les pays les plus développés.

Les investissements réalisés par ce fonds, guidés par un objectif de développement coprofitable, seront un puissant levier pour la croissance des pays francophones pré-émergents comme post-industriels. Pour ne pas reproduire la spirale de la dette des Etats, le fonds investira dans des projets entrepreneuriaux productifs et durables et accompagnera les TPE-PME locales jusqu’à leur autonomie.

Les PME ont tout à y gagner : en créant un lien de confiance mutuelle, le fonds d’investissement francophone leur assurera un accès à de nouveaux marchés ; les reliant à un espace mondial, qui regroupe aujourd’hui 450 millions d’habitants et dans cinquante ans, un milliard. Elles pourront tirer bénéfice du partage d’une même langue et de systèmes juridiques analogues du Nord au Sud. Les projets utiles à financer et à accompagner ne manquent pas, les secteurs d’innovation non plus : du développement des énergies renouvelables à celui de l’habitat durable, de la gestion de l’eau à celle de l’électricité, de l’agriculture de précision à la réduction de la fracture numérique, les entreprises ont tout leur rôle à jouer dans ce nouveau cadre de relations internationales.

La « Francophonie des solutions » portée depuis le début de son mandat par Michaëlle Jean ne pourra ignorer plus longtemps l’investissement commun des Etats francophones souverains comme projet concret pour le développement et la stabilité de l’espace francophone.

Loup Viallet
Président du COMEF, ONG Française
www.collectifmeretfrancophonie.fr
@CollecMEFFacebook : COMEF – 1ère ONG
souverainiste de France

 

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