Le néo impérialisme de l’UE étouffe le développement de l’Afrique de l’Ouest et provoque l’immigration massive en Europe avec les Accords de Partenariat Economique UE-CEDEAO


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L’ère des nouveaux traités inégaux.

Voici maintenant un peu plus de cent cinquante ans, l’Angleterre contraignait la Chine à acheter ses marchandises pour rééquilibrer son commerce extérieur par la signature des traités dits “inégaux”, ‘consentis’ par la Chine sous le chantage de l’occupation et de la politique de la canonnière.

 

Les Accords de Partenariat Economique (APE) conclus avec la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’obéissent pas à une logique différente, et constituent davantage une sujétion économique qu’un véritable partenariat. Il n’y a pas vraiment eu non plus d’accord, car si le chantage à l’aide au développement a remplacé le canon, la menace a présidé au processus de négociations d’une décennie et demi.

 

En ce mois de juillet 2015, premier et funeste anniversaire des APE UE-CEDEAO, il convient de se remémorer comment se firent les négociations ayant abouti à ces accords de libre-échange faussés, frein au développement économique, industriel et technologique Ouest-africain, et danger mortel pour son agriculture. Une situation d’autant plus préoccupante qu’elle impacte indirectement la vie de nos concitoyens français sur qui pèse de plus en plus fortement le poids d’une immigration massive entretenue et induite par la misère organisée.

 

Les premières négociations datent de l’an 2000 avec les premiers accords de Cotonou, qui, remplaçant la convention de Lomé, commençaient par soumission à l’OMC d’introduire les dogmes ultralibéraux dans notre commerce avec l’Afrique. Néanmoins, la CEDEAO demeurait très réticente à l’idée de signer des accords de libre-échange tels que les prévoyait l’Union européenne. En effet, l’étouffement des marchés intérieurs africains par les produits occidentaux n’ayant pour seule contrepartie que les revenus douaniers qu’ils induisaient, les pays de la CEDEAO ne s’étaient pas résignés sans mot dire à la perte de cette manne nécessaire au financement des Etats et de leurs politiques économiques – environ 30% de leurs recettes fiscales.

 

C’était sans compter les méthodes traditionnelles de l’Union Européenne dont nous connaissons le caractère mafieux et brutal, comme elles se sont tout récemment révélées à l’occasion du dernier épisode de la crise grecque.

 

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Révélateur des intentions de la Commission, c’est sa Direction Générale du Commerce et non celle du développement qui prit en charge le dossier de ces accords économiques. Il ne s’agissait pas de trouver un accord bénéfique au développement mutuel mais de trouver des débouchés rapides à la production européenne pour soutenir un modèle économique obsolète et à bout de souffle. Et, lorsque les Africains ont fait savoir leur manque d’intérêt pour un accord régional, la menace n’a pas été lente à venir : faute d’accord, les pays de la CEDEAO hors PMA pourraient se voir taxer à l’entrée  du Marché Commun – prouvant au passage que manifestement, le protectionnisme n’est pas un dogme si absolu et infaillible qu’on le croit ou feint de le croire.

 

C’est en usant de pressions de ce type, et par la promesse d’un fonds d’accompagnement de 6.5 milliards d’euros à l’ouverture sur 25 ans de pas moins de 75% des économies Ouest-africaines, que l’UE est parvenue à retourner la situation diplomatique en arrachant l’adhésion du Sénégal, pourtant déjà dépendant à plus de 40% des importations européennes, et de la Côte d’Ivoire, nœud portuaire, ferroviaire et routier de la sous-région.

 

De nombreuses personnalités avaient tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences catastrophiques de cet accord pour le développement ; ainsi Mamadou Cissokho, président honoraire du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa), devant l’OMC en octobre déclarait avec bon sens que «Tous les pays qui se sont développés ont commencé par créer les conditions pour le faire en se protégeant et ce n’est qu’après qu’ils se sont ouverts aux autres. On ne peut demander aujourd’hui à l’Afrique d’être le premier exemple qui montrera que c’est en s’ouvrant d’abord au commerce qu’elle va se développer.»[1] Même l’Assemblée Nationale française dès 2006 avait mis en garde contre le désordre économique qui en résulterait. Le Parlement européen ne parla pas autrement. Las, comme à chaque fois, l’Européisme l’emporta sur le sens et l’intérêt commun. En Europe, c’est la Commission qui préside, régit et arbitre seule sans souci des peuples et des institutions légitimes.

 

Un néo impérialisme organisant la misère pour sauver un système condamné.

Comment expliquer cette mise à l’écart de la société civile dans les processus de négociation, et la position d’extrême faiblesse des pays africains dans celles-ci ? Un élément de réponse fondamental réside justement dans les faiblesses structurelles des économies africaines, et dans celles des politiques de développement en Europe.

 

Un court examen des économies d’Afrique suffit à se représenter ces faiblesses. Ainsi, « au cours de la dernière décennie, l’Afrique a enregistré sa plus longue période ininterrompue de croissance depuis la Deuxième guerre mondiale [et] plus de 70% de la population vit dans des pays connaissant une croissance supérieure à 4%. »[2] Cette croissance, alliée à une pénétration de plus en plus importante des technologies de l’information comme la téléphonie mobile, et à l’appropriation de ces technologies par les populations, promettent dans le futur une importance de plus en plus accrue de l’entreprenariat africain et des initiatives associatives pour le développement. Pourtant, pour que cette croissance s’accompagne d’un réel développement pour les populations, il faudrait en remettre en cause son principal moteur, qui reste l’exportation primaire de matières première – jusqu’à 50% du taux de croissance est porté par les exportations de minerais et d’hydrocarbures.

 

Un tel modèle, qui ne fait en réalité que reproduire les schémas d’échanges du système colonial mercantile, présente d’immenses désavantages. D’abord, il rend la croissance et l’économie terriblement dépendantes des chocs exogènes provoqués par la santé économique des importateurs et des cours boursiers des matières premières. Or, on sait que ce secteur boursier, financiarisé à l’extrême, accentue et aggrave quand il ne provoque pas, la volatilité des prix. Ensuite, ce modèle  tend, par nature, « à concentrer les gains entre les mains d’un club restreint. Elle génère moins de revenus, crée moins d’emplois et développe moins les compétences, tout en ne réduisant pas notablement la pauvreté et les inégalités. »[3] Enfin, il provoque, dans des secteurs vitaux tels que l’agriculture, une paupérisation extrême des populations, les paysans ne pouvant faire face à la concurrence de produits étrangers à prix cassés sur leur propre marché – même si les APE prévoient de ne pas libéraliser le secteur agroalimentaire pour préserver l’approvisionnement intérieur, l’accès au marché européen reste surtout de plus en plus difficile d’accès pour les pays de la CEDEAO en raison des normes SPS imposées, et de la concurrence des produits d’autres régions avec lesquels l’Union a signé des traités de libre-échange. On comprend que cette extinction économique et sociale de masse soit, avec la guerre, l’une des principales pompes expirantes de l’émigration massive.

 

S’orienter vers un nouvelle politique économique et commerciale francophone.

S’obstiner dans ce schéma consistant à vendre à des pays des produits transformés depuis les matières premières qu’on leur achète ne profite d’ailleurs pas aux économies occidentales, et ne fait que maintenir en place un système économique sans avenir, dans lequel le productivisme industriel, étendu jusqu’à l’agriculture, doit pour poursuivre une croissance artificielle reposer sur l’exportation et la demande extérieure, qui elle n’est pas entretenue par les cycles de croissance induits par le développement des industries nationales. Au contraire, il apparaît de plus en plus nécessaire pour nos économies développées de préparer un modèle fondé davantage sur la diversification et la précision des échanges – par une relocalisation des économies et une vraie concordance entre offre et demande – que sur l’expansion productiviste.

 

La France peut être l’initiatrice de ce contre-modèle à l’ultralibéralisme prédateur, immigrationniste et destructeur du développement aussi bien au Nord qu’au Sud. Elle le peut d’autant plus que son espace géolinguistique regroupe tout le spectre des maturités économiques et qu’il permet d’envisager une série de convergences coprofitables. Cette stratégie des souverainetés, alliant respect des indépendances nationales, priorité des marchés intérieurs et adaptation des économies à ces marchés, est celle que le COMEF entend proposer et défendre.

 

Loup Viallet, secrétaire général ; Alex Frederiksen, trésorier et adjoint aux associations ; Gwenael Blancho, secrétaire général adjoint.

 

[1] « Entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest, un libre-échange à sens unique »,  Libération Idée [en ligne, consulté le 30/07/2015] disponible sur http://www.liberation.fr/debats/2014/12/12/entre-l-europe-et-l-afrique-de-l-ouest-un-libre-echange-a-sens-unique_1162358

[2] William Gumede, « Pour une croissance plus inclusive », Géopolitique africaine [en ligne, consulté le 30/07/2015] disponible sur http://www.geopolitique-africaine.com/pour-une-croissance-plus-inclusive_998990.html

[3] Ibid.

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