Abolir la laxiste circulaire Guéant pour établir les critères sélectifs d’une naturalisation au mérite.


Certaines mesures en France sont totalement méconnues. Leurs conséquences, moins.

Des règlements arrêtés par de fringants ministres exerçant sous l’autorité de présidents forts actifs qui se sont fait élire avec des programmes de « foudre de guerre ». Des programmes n’ayant jamais le tranchant du verbe assez acéré, les mots suffisamment durs pour condamner le communautarisme. Mais, comme souvent pendant ce quinquennat, les mots furent contredits par les actes.

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy, a su faire parler de lui en son temps. Sa circulaire du 30 novembre 2011 relative au niveau de connaissance de la langue française requis des postulants à la nationalité française semble quant à elle être tombée dans l’oubli. Aux antipodes de l’image médiatique du “dur” ministre, elle nous révèle, par un laxisme inconséquent, son incohérence politique et nous invite à prendre position sur le lien entre maîtrise de la langue nationale et acquisition de la nationalité.

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Claude Guéant, auteur de cette laxiste circulaire.

La circulaire Guéant du 30 novembre 2011 comporte des dispositions portant sur le niveau de langue requis pour la naturalisation. C’est-à-dire le niveau de langue française défini comme acceptable pour se voir honoré de la nationalité française ; l’affaire n’est pas mince tant on sait que la langue est fondamentale pour la cohésion culturelle d’une société.

 

Un règlement laxiste qui nuit à l’assimilation des Français de fraîche date.

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Une file d’attente devant la préfecture de l’Essonne.

Cette circulaire exige un niveau tout à fait dérisoire pour que l’on puisse affirmer honnêtement que l’on demande aux requérants de maîtriser le français. Le niveau de connaissance de la langue française requis par celle-ci  est le niveau B1[1], rubriques « écouter », « prendre part à une conversation » et « s’exprimer oralement en continu ». La circulaire stipule en outre que « seul le niveau oral de maîtrise de la langue est pris en compte ». La maîtrise du français écrit, de la grammaire, de la syntaxe, la connaissance de l’étymologie de notre langue par les candidats à notre nationalité sont absents du texte.

L’octroi de la nationalité française à ceux qui seulement se « débrouillent » à l’oral en français constitue à n’en pas douter un frein à l’assimilation des naturalisés dans la communauté nationale.

Peu leur chaud. Tant que les Français de fraîche date peuvent s’intégrer vaille que vaille dans un marché du travail mondialisé ou la concurrence déloyale et faussée est la règle et le globish anglo-américain partout présent. Peu leur chaud que des milliers de français de fraîche date ne soit que des français de papier, sans par ailleurs qu’on puisse les en blâmer. Ils n’ont pas demandé ces conditions déplorables de naturalisation, bien qu’ils en soient les bénéficiaires.

 

Maîtriser le français, une condition non négociable pour mériter de devenir Français.

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La nationalité française est plus encore depuis cette circulaire une simple formalité administrative.

La nationalité française s’hérite ou se mérite. Elle ne peut être bradée à vil prix comme un produit au rabais proposé dans la « boutique » que serait la Nation-Hôtel France. Elle doit venir couronner un parcours méritoire et exemplaire. C’est pourquoi, outre l’urgente abolition de ce règlement laxiste, nous proposons l’établissement de critères sélectifs permettant une naturalisation au mérite.

D’abord, il convient de ne plus considérer le niveau oral comme le seul critère à prendre en compte : nous vivons dans une société où la lecture et l’écriture sont nécessaires, non seulement pour communiquer, mais pour bien vivre (chercher un travail, faire des démarches administratives, etc.). Ainsi l’écriture et la lecture doivent faire partie du processus de sélection.

Ensuite, la naturalisation doit être synonyme de sélection au mérite. Accorder la nationalité française à ceux qui ont travaillé pour la mériter peut se traduire en établissant un niveau confirmé, le niveau C1, comme niveau de compétence minimal. Plus exigeant et sélectif, ce niveau atteste d’une maîtrise du français écrit et oral qui permet de bonnes conditions d’assimilation du naturalisé, du français de fraîche date, dans la communauté nationale.

Abolir cette circulaire Guéant pour un texte exigeant permettant une entrée méritocratique dans la nationalité française, c’est redorer le blason  de ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un honneur.

 

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A l’issue d’une cérémonie de naturalisation en France.

[1] Le niveau B1 est le 3e degré sur les six niveaux de maîtrise d’une langue établis par le Cadre européen de référence pour les langues (CECR). On distingue donc les apprenants sur trois seuils : débutant (A1- A2) ; intermédiaire (B1 – B2) et confirmé (C1 – C2).

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