Pour de Nouvelles Grandes Découvertes

 

A fluctibus opes. La richesse vient de la mer. Depuis des années, la petite commune de pécheur de Sarzeau dans le Morbihan a fait sienne cette devise. La France possède le second domaine maritime mondial. S’étendant sur près de 12 millions de kilomètres carrés, notre nation continentale et maritime devrait faire sienne cette maxime latine. Elle ne semble pourtant pas en prendre le chemin malgré les immenses possibilités que le grand large offre aux Français.

 

 

. L’austérité, le pire frein de la politique maritime française.

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Le Nautile, véhicule sous-marin français, fleuron de notre recherche sous-marine.

Les freins qui retiennent l’expression concrète du formidable potentiel maritime français sont nombreux. Ils tiennent dans un premier lieu à la politique de rigueur menée par les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années. L’aveuglement des dirigeants français les a conduits à réduire non pas les budgets de fonctionnement et de communication de certains services, mais bien les dotations et les budgets de nos organismes de recherche les plus performants comme par exemple l’Ifremer.

Le budget de l’Ifremer était en baisse de 2% en 2014. Dans le détail, la baisse des crédits prend parfois des allures de coupe franche et nette, avec par exemple une diminution en 2014 de 14% des fonds alloué à l’installation de nouveaux matériels et d’outillages industriels. Certaines baisses ne sont pas seulement dommageables, elles sont irresponsables et criminelles comme par exemple la baisse de 11% du programme 205 dit « sécurité des affaires maritimes. Pêche et aquaculture » ou la baisse de 29% du programme 206 dit « sécurité et qualité sanitaire de l’alimentation » ce qui est une véritable menace pour le consommateur, car la baisse des crédits pour ces deux types de programmes influe sur notre capacité à innover en matière de production alimentaire marine d’une part, et sur la santé de nos concitoyens d’autre part.

Cette baisse des budgets de l’Ifremer est une insulte envers l’avenir de la nation française et constitue le premier frein à notre aventure maritime car, on le sait peu, mais la France est à l’avant-garde de la recherche scientifique, grâce à l’Ifremer, en matière maritime. Baisser ainsi de façon inconsidérée les budgets met en danger cette place que nous occupons au niveau mondial.

La baisse des budgets, concernant l’Ifremer, n’est, en effet, pas le seul problème.  L’Agence d’évaluation de l’enseignement supérieur (ARES) a publié un rapport en juillet 2013 dans lequel elle notait certes, l’expertise reconnue au niveau international de l’Ifremer et même de sa position de leader mais, mise en balance avec « Un déficit important en contrôle de gestion et un manque de lisibilité de la cohérence entre les ressources mutualisées et les dépenses. » et « Une absence de stratégie globale et affirmée pour la valorisation et le transfert permettant d’exploiter la richesse des ressources d’un institut positionné sur le développement technologique et industriel ». Ce qui signifie un flou sur la façon dont l’argent est dépensé en plus d’une absence de vision stratégique globale de l’institut dans le cadre d’une stratégie de l’Etat français vis-à-vis de la mer.

 

 

. Absence d’objectifs et allocation de ressources peu fiables : les conséquences d’une absence de stratégie globale de la Mer.

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Les nodules polymétalliques et les terres rares ne sont toujours pas considérés comme des ressources stratégiques par la France.

 

La France ne s’est pas encore dotée d’une stratégie globale d’exploration et d’exploitation de son domaine maritime, indispensable à une grande puissance pour en faire un instrument de sa politique d’influence. Sa soumission à l’Union européenne en consacre le principe en cantonnant certaines de nos régions ultramarines au rang de « Région Ultrapériphérique » de l’Union européenne, parmi lesquelles cinq départements français d’outre-mer, la Martinique, Mayotte, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion ; ainsi qu’une collectivité d’Outre-mer française, Saint-Martin (depuis 2009). Ces territoires consacrent l’étendue de notre domaine maritime, puisque 90% de celui-ci en dépend. Rien n’est davantage prévu pour la prospection et l’exploitation des ressources par l’Etat, sinon des travaux préparatoires pour une exploitation en commun avec les allemands suite à la signature de l’accord de Bremerhaven qui institue une coopération franco-allemande inutile en matière d’exploitation minière sous-marine (Accords de Bremerhaven : une coopération inutile). C’est-à-dire là où elle n’est ni souhaitable ni rentable au vu de notre avance technologique considérable en matière d’exploration maritime.

Nos richesses maritimes minières ne font l’objet d’aucune politique publique sérieuse. Le besoin est pourtant impérieux. En effet, les gisements de divers métaux stratégiques comme l’or, l’argent, le platine ou encore les terres rares et les nodules polymétalliques et encroûtements cobaltiques, sont déjà un enjeu essentiel pour nos industries. Cependant ces gisements ne font pas encore l’objet d’une politique régalienne cohérente ; à cet égard, la Polynésie française s’est emparée récemment des prérogatives de l’Etat en l’espèce (Terres rares : la Polynésie française révèle l’incurie du gouvernement sur les matières premières stratégiques). Les prévisions et la prospection montre que les gisements terrestres ont pratiquement tous été découverts et que certaines pénuries de métaux sont envisagées d’ici trente ans, ce qui est une échéance très courte. Le programme Extraplac, qui est la plateforme d’exploration marine française principale et dont le but est de défendre nos revendications concernant nos eaux territoriales doit être étendu et le rôle de coordonner, avec l’Ifremer et le CNRS, les études de prospectives ainsi que les recommandations de méthodes pour exploiter de façon responsable notre patrimoine sous-marin. Ce qui suppose d’en faire un organisme bien plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. Son financement s’élève seulement à 2.8 millions d’euros en 2014. La France détient un vaste trésor sous-marin sur lequel elle dort depuis trop longtemps.

 

L’avenir de la médecine se trouve dans les eaux françaises.

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Les éponges sous-marines, objets de recherche prometteurs pour la recherche médicale sous-marine.

Ce trésor ne se résume d’ailleurs pas à des métaux précieux. Il pourrait bien sauver des centaines voire des milliers de vies de par la richesse biologique qu’il renferme. L’océan pourrait faire de la France la nation la plus avancée en matière de médicaments issus de la mer. Tous les chercheurs l’affirment, l’océan est le plus riche en molécules chimiques encore non identifiées. Près de 70% des fonds marins mondiaux sont encore inexplorés, cela représente un nombre d’espèces animales et végétales considérables. Les chercheurs le pointent depuis les années 1960 : le milieu marin est propice à la découverte de molécules chimiques inédites.

Dans l’eau, la communication par vecteur chimique est la plus efficace. Le milieu marin est également un milieu naturel très concurrentiel ou l’optimisation par les différentes espèces de leurs moyens d’attaque ou de défense crée de nombreuses applications médicales. Les algues par exemple, sont connues pour donner de nombreuses crèmes. Les applications peuvent être parfois beaucoup plus importantes, les éponges marines par exemple, contiennent des toxines dont les chercheurs pensent qu’elles pourraient permettre à terme de guérir le cancer. En effet, ces organismes immobiles n’ont d’autre choix pour se défendre que de produire et diffuser dans l’eau des toxines lorsqu’elles sont attaquées. Ces toxines pourraient cibler certaines protéines responsables de la division cellulaire dont les cancers sont une forme défaillante. Le requin constitue également un objet d’étude central dans la lutte contre le cancer. Il s’agit du seul animal à ne pas développer de cancer. D’après les chercheurs, l’hypothèse la plus probable serait qu’une molécule, appelée la squalamine, qui empêcherait la vascularisation des tumeurs, empêchant ainsi celles-ci de se développer.

 

. Entrer dans le XXième siècle c’est prendre conscience de la dimension maritime du futur de la France.

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L’Atalante, navire hauturier de l’Ifremer, en pointe dans l’exploration sous-marine.

L’ensemble de ces perspectives très intéressantes sur le plan scientifique, industriel et médical ne pourra pas se passer de l’action de l’Etat. Il est nécessaire de remanier la façon dont se fait aujourd’hui la politique maritime française. Il faut créer un ministère de la Mer, car il n’est plus possible de continuer avec un comité interministériel où règne la confusion, comme l’a démontré l’inanité des propositions de sa dernière édition. Ce ministère doit avoir la capacité d’une part de formuler un schéma cohérent aux différents instituts et programme de recherche mené par la France afin de créer des synergies pour servir un objectif régalien : l’affirmation de la souveraineté de la France sur son domaine maritime, et son exploitation rationnelle et responsable d’un point de vue économique et environnemental.

Pour cela, la fin de la rigueur qui sévit sur des instituts très performants comme l’Ifremer doit cesser, la sanctuarisation des budgets de recherche est indispensable pour maintenir la France à sa place dans la compétition scientifique mondiale en matière d’exploration et de prospective marine. A nouveau souveraine et maîtresse de son destin, la France entrera pleinement dans le XXIème siècle, qui pourra enfin être celui des Nouvelles Grandes Découvertes, celles que le nouveau monde marin nous réserve.

 

Par Loup VialletGwenael BlanchoRichard Guerit

 

 

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